Campus CCI du Cher
Bourges
L’architecture du campus de la CCI du Cher se souvient de ce que fut la caserne Lahitolle, de son plan de masse composé au cordeau, de ses longues bâtisses industrielles aux façades strictement ordonnancées, crénelées de shed. Il n’en subsiste aujourd’hui que quelques vestiges et tracés viaires, ainsi que l’ancienne Salle d’armes, jouxtant le projet, réhabilitée en Faculté de droit. Le campus de la CCI du Cher épouse donc les géométries préexistantes. Comme les constructions historiques de la caserne, c’est un strict parallélépipède dont les façades, tramées sur l’ancienne Salle d’armes, et les sheds éclairant l’atrium prolongent les géométries du site ; dont la pierre et les bétons des soubassement prolongent les matérialités minérales ; dont les teintes des menuiseries et des serrureries se fondent dans celles existantes. L’ultra rationalité des constructions militaro-industrielles détruites s’incarne aujourd’hui dans ces fenêtres en bande, propice à la flexibilité du programme, défendues par une mécanique implacable de protections au soleil et aux intempéries. L’architecture devient ici un acte de mémoire.
Le parvis prolonge la place de Gribeauval située dans l’axe de l’ancienne Salle d’armes. Il est couvert pour mieux accueillir les usagers et les mener à l’atrium autour duquel se déploie le programme. Celui-ci est éclairé zénithalement par des sheds. C’est un lieu d’échange et de rencontre, propice à la sérendipité. Il dessert à rez-de-chaussée amphithéâtre, salle polyvalente, cafétéria et cuisine, bureaux des étudiants et administration. Aux étages, les salles de formation, box de travail et une petite bibliothèque s’installent en mezzanine sur la triple hauteur de l’atrium, desservis par un double escalier dont les paliers largement vitrés, laissant passer vue et lumière naturelle, permettent de mieux se repérer. L’atrium est le coeur vivant du campus autour duquel se déploie la vie de l’établissement.
L’atrium est également le poumon du campus, en permettant, via les ouvrants des sheds couplés à des ventilateurs, d’assurer un tirage d’air naturel pour le rafraîchir l’été, ou d’y récupérer la chaleur l’hiver afin d’en augmenter l’inertie thermique. Des châssis vitrés ouvrant sur les différentes salles de l’établissement, tout en donnant à lire sa vie, éclairent naturellement les circulations horizontales. En laissant pénétrer la lumière naturelle, en régulant la circulation de l’air chaud l’hiver et frais l’été sans dispositif technique complexe ni consommateur d’énergie, le bâtiment tire profit des apports naturels – premier pas vers une architecture bioclimatique.
Les façades sont protégées des intempéries et des apports solaires excessifs par des coursives d’entretien équipées de brises soleils orientables. Si les usagers peuvent les commander directement depuis leur salle, leur mise à distance des fenêtres par les coursives d’entretien souligne leur rôle de régulateur climatique et incite à privilégier les stores intérieurs pour régler le confort lumineux au plus près de leurs besoins. Les coursives d’entretien, en facilitant le nettoyage des fenêtres, autorisent des menuiseries coulissantes, donc de grandes dimensions.
Chacun peut ainsi largement ouvrir les fenêtres pour ventiler sans gêner les usages. Si tout semble régit par l’efficacité et une géométrie implacable, ce sont les usages, les nuages et la course du soleil qui apportent mille et une variations à ces façades toujours changeantes.
Ces dispositifs de bon sens s’appuient sur une construction qui concilie économie et frugalité carbone. C’est une structure de poteaux/dalles béton garantissant l’inertie thermique de l’ensemble, préfabriquée au maximum pour gagner du temps et donc de l’argent, réduite à son strict minimum pour être le moins carbonée possible. Les façades préfabriquées sont à ossature et bardage bois, ainsi que la structure de l’exosquelette protégeant l’édifice, tant pour les coursives d’entretien que pour l’auvent au droit du parvis couvert. Tout y est dimensionné au strict minimum sans jamais sacrifier à l’envie formelle : c’est une architecture du nécessaire.
Pour anticiper les inévitables changements d’usages à venir, sans rendre caduque l’architecture, le bâtiment offre des plateaux sans poteaux ni retombée de poutre, innervés en air par les couloirs ou coursives et en électricité par les façades. Ainsi libérés de toutes sujétions techniques, le cloisonnement est uniquement régi par la trame d’1,8m. des fenêtres, favorisant ainsi une multitude de scénarios programmatiques. La neutralité des tons blanc/gris chauds des intérieurs font la part belle à l’appropriation des usagers et parachève cette flexibilité revendiquée, principale garantie d’une architecture réellement durable.
Si elle s’ancre dans l’histoire, l’architecture du campus de la CCI du Cher assume une quête contemporaine du progrès qui marque notre modernité : faire malgré tout plus - de confort, de flexibilité, de polyvalence, de beauté - avec moins – de carbone, de matière, d’argent, de temps. C’est une architecture qui revendique donc un pragmatisme absolu tenant compte :
- d’un règlementaire nécessaire pour faire bouger les acteurs économiques, mais trop souvent abscond et absolutiste conduisant à des solutions absurdes ;
- d’un écosystème de la construction dans lequel la main-d’oeuvre qualifiée est rare et chère en raison des prix pratiqués et des conditions de travail, conduisant à une perte de sens du travail collectif rendant difficile voire impossible la co-construction ;
- d’une industrialisation seule à même de répondre efficacement au règlementaire omniprésent et à la perte de main-d’oeuvre qualifiée mais qui impose une conception sur catalogue à laquelle nous cherchons à donner du sens.
Pour s’assurer de la qualité, de la précision et de la rapidité des mises en oeuvre, les détails constructifs sont conçus pour solliciter chaque corps de métiers indépendamment des autres afin d’assurer de l’autonomie de chacun. Les ouvrages sont peints d’un blanc choisi pour aider la lumière naturelle à révéler l’espace, en souligner les géométries et les proportions mais également pour intégrer les corps en plastiques blanc des terminaux techniques industriels les plus ordinaires. Le revêtement minéral du rez-de-chaussée qui fait socle installe une continuité spatiale entre intérieur et extérieur et semble faire flotter l’édifice n’est qu’un simple grés cérame, résistant et économique, dont le motif est obtenu par le procédé de fabrication industriel. Toutes les prestations qui fabriquent cette architecture s’inscrivent dans une recherche constante de sens guidée par l’économie et la simplicité conduisant à un pragmatisme que nous espérons magique !
Maîtrise d’ouvrage
SEM TERRITORIA pour la C.C.I. du Cher
Situation
Bourges (18)
Superficies
3 704 m²
3 750 m² espaces extérieurs paysagers dont parking
de 62 places
Maîtrise d’œuvre
Architecte : COSA
Équipe COSA :
Paysagiste :
Structure, Fluides, thermique, VRD, SSI : Ana Ingénierie
Acoustique : J.-P. Lamoureux
Économie : Execo
Calendrier
Livré été 2025
Programme
Campus de la C.C.I. du Cher au Technopôle Lahitolle de à Bourges (18) : atrium bioclimatique qui relie les salles d’enseignement, amphithéâtre, salle polyvalente, cafétéria, administration, locaux communs accessible en dehors des heures d’ouvertures, parking 60 places aménagements paysagers.
Ingénierie environnementale
Équivalent label biosourcé niveau 1 (Façades Ossatures Bois, bardage bois, structure bois périptère…)
Atrium régulateur thermique, ventilation naturelle et free cooling nocturne
Enveloppe bioclimatique avec façades différenciées selon les orientations, inertie renforcée par la toiture végétalisée semi-intensive
Récupération des eaux de pluie par bassins d’infiltration (90 m3)
Raccordé au réseau de chaleur urbain
Photos : Charly Broyez